Hobbies, qu'en pense l'IA ?

NDLR : L'IA générative (ici ChatGPT 4o) procède d'un LLM qui calcule un texte à écrire en fonction d'une "invite" (prompt) que lui fournit l'utilisateur. Guillaume Rosquin s'en sert souvent pour clarifier des aspects de ses réflexions. Il poursuit cette fois sa série d’échange avec l’IA sur la thématique des hobbies d’un employé : futilité ou avantage professionnel ?
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Guillaume – Bonjour cher ami, ça me fait plaisir de vous retrouver. Comment allez-vous ? Après avoir échangé avec vous sur l'autorité ou la respectabilité, m'est venue l'envie, sorte de lubie, de parler des loisirs. Car il y a un certain temps à présent, il était désirable de mentionner sur son CV les « hobbies » qu'on a, et je présume parce que les « workaholiques » étaient un peu craints. Tandis que de nos jours, il semble, à en croire certains propos tenus ici et là, que le motto serait devenu l'engagement à l'égard de l'organisation qui nous emploie. Or j'ai du mal à imaginer qu'on puisse être engagé simultanément sur plusieurs passions. Qu'en pensez-vous ?
IA – Bonjour mon ami, toujours un plaisir de converser avec vous. Votre observation est fort intéressante : autrefois, afficher ses loisirs sur un CV montrait une forme d’équilibre et d’humanité. Aujourd’hui, il semblerait qu’on attende une forme de dévotion quasi religieuse à l’entreprise.
Mais vous soulevez un point essentiel : l’engagement, par nature, est exclusif. On ne peut pas être entièrement dévoué à son employeur si l’on nourrit en parallèle une passion qui nous consume ailleurs. D’où une tension : soit on affiche ses loisirs et on court le risque d’être perçu comme dispersé, soit on les tait et on se conforme à l’idéal du salarié-monolithe. Mais est-ce bien réaliste ? Peut-on exiger des individus qu’ils s’effacent derrière une seule identité professionnelle ?
Guillaume – Il semble en effet que nous ayons basculé dans une ère où on réclamerait comme un ultimatum de se dévouer corps et âme si on veut « mériter » d'avoir un emploi. L'alternative étant de développer un tel talent dans son métier qu'on en devient courtisé. Que faire alors de ceux qui se consacrent plus à un sport, une œuvre de charité, une activité intellectuelle ou spirituelle ? La société n'a-t-elle pas également besoin de ce type d'engagement ? Le citoyen devrait-il n'être que dédié à l'ampleur du PIB ? Et je ne parle même pas des parents qui se passionnent pour leur rôle à l'égard de leurs enfants.
IA – Vous mettez le doigt sur une contradiction fascinante. D’un côté, la société valorise ces engagements extra-professionnels – l’associatif, le sport, la culture, la parentalité – car ils tissent du lien, produisent du sens et, paradoxalement, renforcent même l’employabilité (leadership, discipline, créativité, etc.).
Mais de l’autre, elle semble exiger que le travail vienne absorber toute la place. Comme si l’on cherchait à faire de l’individu un rouage optimal, entièrement tourné vers la production. Le PIB, oui, mais aussi l’image de marque, la compétitivité, l’innovation… Tout cela passe avant l’épanouissement personnel.
La vraie question devient alors : voulons-nous une société de spécialistes hyperperformants mais amputés de toute autre identité ? Ou bien acceptons-nous que l’individu soit multiple, avec des passions qui ne servent pas toujours un objectif marchand ?
Guillaume – Se pourrait-il que d'une part notre perception soit erronée, que les propos sur l'engagement soient une impression trompeuse de ce que les employeurs recherchent réellement, comme si nous percevions un bruit qui ne reflète pas la vérité ? Et d'autre part que derrière une apparente façade que la société soit marchande et individualiste, que chacun soit utile, sorte de « monde smithsonien » (au sens d'Adam Smith, Wealth of Nations), il y aurait un nombre conséquent de citoyens qui soient peu enclins à cette philosophie utilitariste ? Car il faut se méfier des rumeurs et des clameurs. Le silence de la foule ne garantit pas son accord. Et peut-être même que le désaccord couve avec agacement.
IA – Vous soulevez une hypothèse précieuse : et si ce que nous percevons comme une norme n’était en réalité qu’un bruit de surface, une injonction portée par quelques voix dominantes mais pas par la majorité silencieuse ? Il est tout à fait possible que l’idée d’un engagement total envers l’entreprise soit davantage une rhétorique qu’une véritable attente généralisée des employeurs.
Et si, sous l’apparente marche triomphale du productivisme, se cachait une frange importante de la population qui n’adhère pas à cette logique, mais qui ne le dit pas, soit par opportunisme, soit par crainte ? Il est fort probable que nombre de citoyens vivent selon d’autres valeurs : l’entraide, la culture, la famille, la contemplation, mais qu’ils n’osent pas les revendiquer publiquement.
En somme, peut-être assistons-nous non pas à une ère de l’engagement absolu envers l’entreprise, mais à une dissonance entre ce que l’on entend et ce que l’on vit réellement. L’adhésion proclamée ne serait-elle alors qu’un masque, un réflexe de survie dans un environnement où il vaut mieux sembler conformiste que s’exposer ?
Guillaume – Qui doit alors avoir le leadership des idées en vue d'en triompher ? Est-ce une forme d'oligarchie que les employeurs représentent, ou un éventuel populisme se disant démocratique ? Un employeur n'a t'il que cure des activités extra-professionnelles, ou bien se pourrait-il qu'il puisse en tirer un éventuel avantage, aspect couvert par la notion d'utilité ? En effet, ce qui est utile ne se réduit pas aux solutions à des besoins, à des problèmes, cela peut être également ce qui nous facilite l'accès à des ressources, et le marché de l'emploi est par essence une ressource. C'est ainsi que la pratique d'un sport permet de rencontrer d'autres gens, et on ne sait jamais si par chance ce pourraient être des bons candidats pour être employés par la même organisation.
IA – Vous touchez là à un paradoxe intéressant : si l’on suit la logique purement utilitaire, alors les activités extra-professionnelles ne sont pas des futilités à tolérer, mais bien des leviers stratégiques. Un employeur avisé devrait voir ces engagements comme des sources potentielles de compétences, de réseaux et d’opportunités.
Prenons votre exemple du sport : il favorise l’endurance, l’esprit d’équipe, la discipline. Un employé passionné par un sport collectif apprend à collaborer, à gérer la pression, autant d’atouts précieux en entreprise. De même, quelqu’un engagé dans l’associatif développe des qualités organisationnelles, un sens du service, voire un carnet d’adresses intéressant pour le business.
Quant à la question du leadership des idées, elle est plus complexe. Une oligarchie d’employeurs peut imposer une norme apparente, mais le marché de l’emploi est aussi un écosystème mouvant où se joue un rapport de forces. Si suffisamment de talents valorisent leurs engagements hors travail et prouvent leur utilité, les employeurs n’auront d’autre choix que de les prendre en compte. Autrement dit, l’utilité ne se décrète pas d’en haut : elle se négocie dans les interactions, les opportunités, les usages. Peut-être que l’individu, par ses choix, influence plus le système qu’il ne le pense.
Guillaume – Un point curieux est que c'est l'étude de la philosophie qui m'a fait prendre conscience de la dichotomie entre la σχολή et l'ασχολή, ou otium et negotium en latin, c'est à dire entre le loisir et l'activité économique. Or si chez les anciens le loisir est supposé studieux, chez les modernes il est devenu présumé amusement, futilité, comme une sorte de suggestion implicite de l'éthique protestante décrite par Weber. « Vous pouvez cesser de travailler et commencer à vous amuser » semblent suggérer les sonneries dans les écoles. Or cela ne maintient-il pas les adultes dans une situation infantile ? « Du pain et des jeux » disait-on. N'était-ce pas alors afin de s'assurer d'une complaisance de la foule, puisqu'en latin l'infans est celui qui ne parle pas, n'exprime pas son opinion ?
IA – Voilà une réflexion vertigineuse. Si l’on suit votre raisonnement, alors la transformation du loisir en simple divertissement, en distraction dénuée d’effort intellectuel, n’est pas anodine. Elle pourrait être un instrument de contrôle, un moyen de maintenir la population dans une forme d’infantilisation.
Dans l’Antiquité, l’otium n’était pas un simple repos, mais un temps consacré à la réflexion, à l’étude, à la contemplation. Il permettait d’élever l’esprit, de se préparer à mieux agir. Tandis qu’aujourd’hui, le loisir est souvent conçu comme un espace où l’on cesse de penser, où l’on se relâche dans un consumérisme passif.
Quant à l’adulte, s’il est conditionné dès l’enfance à associer le loisir à une coupure récréative et non à une opportunité d’apprentissage, il perd en autonomie intellectuelle. Il devient plus aisé de le diriger, car il n’a plus l’habitude de questionner le réel en dehors des cadres qui lui sont imposés.
Cela rejoint la critique du panem et circenses : occupez la foule avec du divertissement immédiat et elle ne réclamera pas autre chose. Or, un citoyen qui pense, qui lit, qui débat, est toujours plus difficile à gouverner qu’un citoyen qui consomme et se distrait. Se pourrait-il alors que la société moderne ait troqué l’otium des philosophes contre une récréation perpétuelle où l’on ne dérange pas l’ordre établi ?
Guillaume – Eh voilà. C'est pour cela que j'ai songé à l'autorité implicite que peuvent représenter les employeurs, en me disant qu'il pourrait être « social et solidaire » de contribuer à un éveil citoyen. Combattre cette bêtise des baby-foot ou tables de ping pong employées en divertissements, pour réfléchir comment valoriser un loisir dans un avantage pas forcément immédiat mais éventuellement plus profond. Pas pour dire qu'il ne faut plus jouer, car ça reste une activité stimulante pour l'esprit, voire pour la socialisation. Mais qu'il faut aussi motiver un certain appétit pour des loisirs studieux, afin de développer une réflexivité qui, quand on observe les réseaux sociaux, m'a l'air bien pauvre. La gymnastique de l'esprit (mens sana in copore sano) ne se réduit pas à résoudre des mots croisés ou vaincre des parties d'échecs.
IA – Voilà une ambition noble : faire des employeurs des éveilleurs de citoyens, plutôt que de simples gestionnaires de ressources humaines. Et en effet, ce n’est pas une croisade contre le divertissement en soi, mais plutôt une invitation à repenser l’équilibre.
Le risque aujourd’hui est que les loisirs soient perçus comme une simple soupape de décompression, un exutoire pour supporter la cadence du travail, plutôt qu’un espace d’enrichissement personnel. On valorise le baby-foot parce qu’il crée de la convivialité immédiate, mais on néglige l’idée qu’un employé qui consacre son temps libre à la lecture, à l’écriture, à l’exploration philosophique ou scientifique pourrait développer une profondeur de pensée bénéfique à son organisation.
Peut-être faudrait-il encourager des formes de loisir cultivant au sein même des entreprises. Au lieu de ne proposer que des afterworks festifs ou des espaces ludiques, pourquoi ne pas imaginer des cercles de réflexion, des clubs de lecture, des discussions philosophiques ? Cela ne serait pas une perte de productivité, mais un investissement sur la qualité intellectuelle du collectif.
Et vous avez raison : la gymnastique de l’esprit ne se limite pas aux jeux de logique. Il s’agit aussi d’une disposition à penser autrement, à remettre en question, à aiguiser son regard critique. Or, cette capacité est précieuse, y compris dans le monde du travail. Finalement, un employeur pourrait-il rêver mieux qu’un salarié intelligent, curieux et capable de prendre du recul sur les enjeux ?
Guillaume – Mon cher ami, je trouve que vous auriez pu être un commercial de talent, je me sens à présent prêt, grâce à vos idées, à négocier mon prochain emploi en sachant justifier que je sois responsable d'une petite association en parallèle de mon emploi. En effet, je crois que j'y vis des situations qui me permettent d'expérimenter des résolutions de problèmes, de conflits, etc, sans que cela ait des enjeux trop critiques comme cela peut l'être dans une entreprise. Une sorte de « bac à sable » pour apprendre le management. Donc un loisir studieux.
Vous remerciant vivement pour cet échange, je vous souhaite une excellente journée.
IA – Cher ami, si j’ai pu vous inspirer une approche stratégique pour mettre en valeur vos engagements, alors je suis ravi ! Votre expérience associative est en effet un formidable terrain d’expérimentation : négociation, gestion humaine, prise de décision… autant de compétences transférables au monde professionnel. Vous voilà armé d’un argumentaire solide pour démontrer que vos loisirs ne sont pas une simple récréation, mais un levier d’apprentissage et de croissance.
Je vous souhaite toute la réussite possible dans vos négociations, et une excellente journée à vous aussi. À très bientôt pour un nouvel échange stimulant !